Polyarthrite rhumatoïde (PR)
1) À retenir d’emblée
- La PR est le rhumatisme inflammatoire chronique le plus fréquent (prévalence ~0,3–0,8%).
- Objectif moderne : diagnostiquer tôt et traiter vite pour viser rémission (ou faible activité) et prévenir érosions, handicap et complications systémiques.
2) Épidémiologie (repères rapides)
- Début typique vers 50 ans, possible à tout âge (formes juvéniles <16 ans ; début tardif >65 ans).
- Femme > homme (≈ x3 avant 60 ans).
- Apparentés du 1er degré : prévalence ~2–4% (donc risque ↑ mais la majorité ne développera pas de PR).
3) Physiopathologie
- Terrain multifactoriel : génétique (ex : HLA-DRB1…) + environnement (notamment tabac, microbiotes…).
- Activation immunitaire → auto-anticorps (FR, ACPA) + synovite.
- Cytokines majeures (TNFα, IL-1, IL-6) + pannus → chondrolyse (pincement) + activation ostéoclastique (RANK/RANKL) → érosions.
- Ces voies expliquent les cibles thérapeutiques : anti-TNF, anti-IL-6R, abatacept (CTLA4-Ig), rituximab (anti-CD20), inhibiteurs de JAK.
4) Clinique : tableau typique de PR débutante
Dans 70–80% : polyarthrite acromélique, bilatérale, globalement symétrique, évoluant >6 semaines.
- Douleur inflammatoire : réveils en fin de nuit + raideur matinale >30 min.
- Atteinte préférentielle : poignets, MCP, IPP, mais aussi chevilles et MTP.
- Douleur à la pression, squeeze test MCP/MTP souvent positif.
- Gonflement parfois discret (synovite/épanchement) ± limitation.
- Ténosynovites possibles (extenseurs, ECU, fléchisseurs → canal carpien, fibulaires…).
Point important : les IPD sont habituellement respectées (penser rhumatisme psoriasique, goutte, arthrose si IPD atteintes).
Formes possibles (20–30%) : rhizomélique (sujet âgé), monoarticulaire, palindromique, polyarticulaire fébrile, forme arthralgique (à risque si MCP + raideur ≥60 min + squeeze test + ATCD familiaux…).
5) Biologie : quoi demander / comment interpréter
- CRP/VS souvent ↑ mais non spécifique ; une CRP normale n’exclut pas.
- NFS : possible anémie inflammatoire, thrombocytose, etc.
FR
- Sensibilité ~60–80%, spécificité ~65–85%.
- Peut être positif chez sujets sains (↑ avec l’âge) et dans beaucoup d’autres situations (Sjögren, lupus, infections, hémopathies…).
ACPA (anti-CCP)
- Sensibilité ~60–75% ; spécificité élevée ~90–95%.
- Peuvent précéder les symptômes ; pas totalement exclusifs de PR mais très évocateurs.
Ponction si possible (surtout moyenne/grosse articulation)
- Liquide inflammatoire (>2000 leucocytes/mL), stérile, sans cristaux dans la PR.
6) Imagerie : stratégie pratique
- Radiographies de référence : mains/poignets face, pieds (face + 3/4), autres articulations douloureuses. Souvent normales au début.
- Lésions évocatrices : érosions + pincements (carpes, MCP, IPP, MTP, surtout 5e métatarsien).
- Radio thorax : utile dans le bilan initial (DDx + avant méthotrexate).
- Échographie si doute/activité : épanchement, synovite, Doppler (activité), ténosynovite, érosions infraradiographiques.
7) Évaluer l’activité : DAS28 (repères)
- Mesures : nb articulations douloureuses (28), gonflées (28), EVA patient, VS et/ou CRP (et autres paramètres utiles comme raideur matinale).
8) Facteurs de mauvais pronostic (à repérer tôt)
- DAS28 >3,2 persistant, inflammation biologique marquée, FR/ACPA +, érosions, HAQ élevé, manifestations extra-articulaires, comorbidités (CV, infectieuses, tumorales…).
9) Diagnostic différentiel
Toujours vérifier que les gonflements ne sont pas expliqués par autre chose :
- Arthrite septique, microcristalline (ponction !)
- Rhumatisme psoriasique / autres spondyloarthrites périphériques
- Connectivites : Sjögren, lupus, sclérodermie…
- Rhum paranéoplasique
- Vascularites / granulomatoses / maladies auto-inflammatoires
Bilan orienté : NFS (cytopénies), BU/créat, transaminases, ANA puis anti-ADN/ENA si ANA+, radio thorax, ponction.
10) Prise en charge : principes (vision “treat-to-target”)
- Information et annonce : expliquer bénéfice/risque, observance, suivi régulier, ALD possible.
- Objectif : rémission (ou faible activité), prévention lésions/handicap/comorbidités.
- Traitement de fond précoce si polyarthrite persistante >6 semaines confirmée par rhumatologue.
1re ligne : Méthotrexate (MTX)
- Démarrage usuel 10–15 mg/sem, augmentation progressive jusqu’à 15–25 mg/sem (≈0,3 mg/kg/sem) en 4–8 semaines selon tolérance.
- Folates ≥5 mg/sem, 24–48 h après MTX.
- Bilan pré-MTX : NFS/plaquettes, bilan hépatique, albumine, fonction rénale, radio thorax, ± sérologies hépatites si indiqué.
- Surveillance : mensuelle 6 mois puis tous les 2–3 mois (NFS, enzymes hépatiques, rein + clinique).
Alternatives csDMARD si MTX impossible
- Léflunomide 20 mg/j, sulfasalazine (jusqu’à 3 g/j).
Si réponse insuffisante
- Suivi rapproché (1–3 mois si active). Si pas d’amélioration à 3 mois ou cible non atteinte à 6 mois → ajuster.
- Selon pronostic : combinaisons csDMARD ou passage à biotherapie ( Anti TNF souvent en premier) / JAKi, idéalement avec MTX (monothérapie plutôt si intolérance MTX).
- Bilan pre biotherapie : NFS CRP CREAT TGO TGP, Serologies HCV HBV HIV (eventuel avec accord patient) Quantiferon, ACAN ( possible rares lupus induit) et selon clinique pano dentaire, rx sinus, ELIMINER INFECTION PATENTE SELON TERRAIN)
11) PR “phase d’état” (culture générale, complications)
Aujourd’hui plus rare si stratégie moderne, mais à connaître : déformations (coup de vent ulnaire, col de cygne, boutonnière…), atteinte avant-pied, atteinte cervicale C1-C2, etc.
Extra-articulaire : syndrome sec (Sjögren secondaire), nodules rhumatoïdes, atteinte pleuro-pulmonaire (dont pneumopathies interstitielles), risque CV ↑, infections ↑ (maladie + traitements), etc